La friche est un terrain qui n’est pas cultivé, où poussent les fleurs sauvages et les herbes folles. Un lieu où se terre la sauvagine, et sur lequel se complaisent les dernières espèces en liberté. Un sol laissé à l’abandon, qui ne reçoit ni engrais, ni poison. Qui ignore le soc de la charrue.

Autant dire, vous l’aurez aisément deviné, que les créateurs auxquels est consacré ce modeste site ne figurent pas sur le fronton des temples de l’art officiel et labellisé. Il s’agit essentiellement de personnes de modeste condition: artisans, ouvriers, paysans ou marginaux. N’y voyez surtout pas des excentricités dépourvues de sens, ou de simples objets de curiosité. Vous vous tromperiez lourdement! Dans cette société terriblement organisée, où le cauchemar sera bientôt remboursé par la sécurité sociale, ils nous offrent le rêve! Dans un monde désenchanté, ces hommes et ces femmes nous ouvrent les portes du merveilleux. A travers ces œuvres qui conjuguent jubilation et subversion, ils révèlent une inventivité débridée. Voyons-y les manifestations d’une imagination sans borne et délivrée de toute contrainte.




Joe Ryczko.



samedi 24 juillet 2010

Bègles: un autre regard.




Du 11 juin au 5 septembre 2010, le Musée de la Création Franche propose une exposition qui se veut un nouveau regard sur le fonds bèglais. Le choix s'est porté sur 300 oeuvres réparties en une dizaine d'espaces. La collection enrichie par de nombreux dons compte des pièces remarquables. J'ai noté la présence de quelques galets sculptés par Jean Pous, et d'une multitude de dessins de Pépé Vignes. J'ai apprécié les oeuvres de Marcelo Modrego et j'ai revu avec plaisir les deux manèges d'Emile Ratier. Les sculptures de Jean Dominique sont mises en valeur et c'est heureux car il demeure la figure emblématique de l'art brut périgordin, et à ce titre, mérite d'être mieux connu. Nous pourrions en dire autant de René Guisset dont les oeuvres sont étonnantes. Les dessins de Jean-Marie Heyligen sont également dignes d'intérêt. J'ai eu également la surprise de découvrir deux étranges dessins de Burnat-Provins.

Les apparentés, ceux qui sont sous le vent de l'art brut, sont bien représentés. Sur les cimaises du rez-de-chaussée, on peut voir d'intéressants dessins de Gérard Sendrey, de Claudine Goux, des lièges de Claude Massé, des oeuvres de Michel Nedjar, des semelles d'Alain Pauzié et des peintures d'Alain Lacoste. Dans un coin, une belle toile colorée de Kurt Haas. Au détour d'un panneau, je me suis trouvé devant un superbe dessin polychrome de Jacques Receveur, créateur au destin tragique. Dans une salle du haut, un dessin inattendu de Madeleine Lommel. M'est revenu soudain le souvenir de mes visites au sous-sol du château Guérin, à Neuilly-sur-Marne. Dans le cabinet de curiosités, j'ai été sensible aux univers poétiques de Gilles Manéro et de Paul Duchein. Jean Tourlonias est aussi de la revue, mais avec un seul bolide seulement. Jean Vodaine n'est pas oublié. C'est vraiment jour de fête à Bègles! Un vrai feu d'artifice. Cela dit, je veux saluer la générosité de tous ces créateurs qui ont consenti des dons importants au Musée. Et notamment Claude Massé, l'homme des patots et grand collectionneur.

De cette visite, on sort avec une certitude: se trouve-là une très riche collection. Un louable effort pour améliorer l'accrochage a été fait. De même, la tentative d'améliorer la lisibilité de l'ensemble est à mettre au crédit de l'équipe bèglaise.

[Illustration: Alain Lacoste.]

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