La friche est un terrain qui n’est pas cultivé, où poussent les fleurs sauvages et les herbes folles. Un lieu où se terre la sauvagine, et sur lequel se complaisent les dernières espèces en liberté. Un sol laissé à l’abandon, qui ne reçoit ni engrais, ni poison. Qui ignore le soc de la charrue.

Autant dire, vous l’aurez aisément deviné, que les créateurs auxquels est consacré ce modeste site ne figurent pas sur le fronton des temples de l’art officiel et labellisé. Il s’agit essentiellement de personnes de modeste condition: artisans, ouvriers, paysans ou marginaux. N’y voyez surtout pas des excentricités dépourvues de sens, ou de simples objets de curiosité. Vous vous tromperiez lourdement! Dans cette société terriblement organisée, où le cauchemar sera bientôt remboursé par la sécurité sociale, ils nous offrent le rêve! Dans un monde désenchanté, ces hommes et ces femmes nous ouvrent les portes du merveilleux. A travers ces œuvres qui conjuguent jubilation et subversion, ils révèlent une inventivité débridée. Voyons-y les manifestations d’une imagination sans borne et délivrée de toute contrainte.




Joe Ryczko.



mercredi 23 novembre 2011

Rétrospective Guo Fengyi.

  
  Guo Fengyi (1942-2010) commence à dessiner à 47 ans. Elle cherche à soulager ses souffrances dues à une arthrite aiguë. Elle n'a aucune ambition artistique. Sa démarche est plutôt d'ordre spirituel. Le corps humain en constitue le sujet. Elle veut nous en révéler sa cartographie personnelle. Dans ses dessins apparaissent des figures mythologiques ou historiques, mais également des créatures imaginaires. Elle attribue à ses peintures le pouvoir d'accéder à la révélation.

  
  La Collection de l'Art Brut lui rend hommage à travers une rétrospective qui se déroulera du 18 novembre 2011 au 29 avril 2012. Avenue des Bergières 11. 1004. Lausanne.




[Illustrations: Guo Fengyi. The Movement of Digit, Image of Luoshu Book, Energy Channel Decomposition. Source: www.longmarchproject.com]

Marcel Storr, bâtisseur visionnaire.



  L'oeuvre de Marcel Storr, qui fut cantonnier à la Ville de Paris, regroupe une soixantaine de dessins de cathédrales et de mégapoles imaginaires réalisées dans la clandestinité. L'auteur est décédé en 1976. Son oeuvre, découverte par hasard en 1971 par Liliane et  Bertrand Kempf  n'a pratiquement jamais été montrée. Elle est tout à fait exceptionnelle. Ses dessins dénotent son obsession de bâtir, d'inventer du jamais-vu: "Des tours, il faut des tours!" répètait Marcel Storr en guise d'explication, tandis qu'à la Défense l'on construisait  nos premiers gratte-ciel.  

  Voilà une belle exposition à ne pas rater: elle se tient  au Pavillon Carré de Baudouin, 121, rue de Ménilmontant 75020 Paris du  16 décembre 2011  au 10 mars 2012.  Tél. 01.58.53.55.40. L'entrée est libre.



[Illustrations: Marcel Storr. Sources: masmoulin.blog.lemonde.frles-petits-papiers-de-mademoiselle.over-blog.com]

jeudi 17 novembre 2011

La cathédrale de Jean Linard est à vendre.


  Installé depuis 30 ans sur deux hectares de friches, non loin de Bourges, Jean Linard s'était lancé dans la construction d'un curieux édifice recouvert de céramiques polychromes. Une singulière architecture. Sa cathédrale avait fait l'objet de nombreux reportages. De multiples publications accordent une place importante à cet ouvrage inclassable et hors les normes. Mais son créateur disparu, ses héritiers se retrouvent face à un dossier difficile à gérer. Comment s'y prendre pour assurer la pérennité  d'un tel édifice ? Comment le sauvegarder ? Ils se démènent et sollicitent les collectivités locales et la région. Mais ils n'obtiennent aucune réponse favorable. En désespoir de cause, ils sont aujourd'hui contraints de s'en remettre à un cabinet immobilier spécialisé et opter pour la vente du grand oeuvre de Jean Linard. Dure réalité.

ps: Lire l'article de Patrick Martinat paru dans Le Monde du 17 novembre 2011: "Vend cathédrale, art brut, bel ouvrage".


[Illustrations: Jean Linard. Source: www.art-insolite.com]

dimanche 6 novembre 2011

Gazogène fête ses 20 ans.

  
  A la galerie de la Halle Saint-Pierre, jusqu'au 25 novembre, exposition collective autour de la revue Gazogène. L'accrochage réunit notamment Chomo, Ozenda, Mouly, Nadau, Prillard, Julliard, Tourlonias, et Vodaine.
  Samedi 12 novembre, à 11h, est prévu une rencontre avec Jean-Michel Chesné et Jean-François Maurice, les animateurs de la revue. 
  A partir de 14h30, est programmé la projection de films sur l'art brut. Un débat sera animé par Laurent Danchin à l'issue de cette manifestation.
  Halle Saint-Pierre. 2, rue Ronsard. 75018 Paris. Tél. 01.42.58.72.89.


[Illustration: Jean Vodaine, "T'as de beaux yeux tu sais!", 1971. Source: www.lagalerie.lu]

lundi 3 octobre 2011

Conférence sur l'art brut.

  
  Une conférence autour de l'art brut et de ses apparentés est organisée par l'association villeneuvoise "Les chercheurs d'art". Elle se tiendra samedi 15 octobre à 15h au Pôle mémoire du Moulin de Gajac à Villeneuve-sur-Lot. Pascal Rigeade, directeur du musée de la Création Franche de Bègles présentera la collection béglaise et fera le lien entre art brut, art naïf et art populaire. Ensuite, en présence d'André Labelle, sera présenté pour la première fois un film documentaire intitulé "André Labelle, artiste brut à Villeneuve-sur-Lot" réalisé par Grégory Bodin, Frédéric Brard et François Testa. A cette occasion, Jacques Balmont et Daniel Juvancy évoqueront également la mémoire d'Emile Ratier.


[Illustration: André Labelle. Source: www.sudouest.fr]

samedi 1 octobre 2011

Blackstock à la Collection de l'Art Brut Lausanne.


  La Collection de l'Art Brut expose pour la première fois en Europe l'oeuvre de l'américain Gregory Blackstock. Autiste, le créateur inventorie le monde. Il se livre à une classification détaillée de toutes sortes d'animaux, d'objets, de plantes. Ses dessins sont alignés, juxtaposés, organisés par groupes ou par séries. Ses inventaires se déclinent heureusement avec désinvolture et avec poésie. Ses compositions révèlent un vrai sens esthétique et une subtile mise en pages. Il joue avec bonheur sur les effets de symétrie et l'usage des couleurs. Voilà un créateur tout à fait remarquable qu'il convient de découvrir.

  
  L'exposition se tient du 30 septembre 2011 au 19 février 2012 à la Collection d'Art Brut, 11 avenue des Bergières à Lausanne. Tél. 41.21.315.25.70. Informations complémentaires dans le dossier de presse.


[Illustrations: Blackstock. De haut en bas, "The major world troublemaker beetles", "Ravens". Source: www.artbrut.chwww.garde-rail.com]

Pierre Albasser.

  
  Pierre Albasser exposera ses oeuvres sur carton du 6 octobre au 5 novembre 2011 à la Galerie Brigitte Ruffin - Art Espace 83, au 83 avenue du 11 novembre, 17000 La Rochelle. Renseignements au 06.14.81.48.81. Son travail se situe dans la mouvance de l'art singulier. A ce propos, notre ami Jean-François Maurice animera un colloque autour de l'art singulier le 22 octobre à 17 heures à la même adresse.




[Illustrations: Pierre Albasser, "Crabe". Source: www.art-espace83.com]

vendredi 16 septembre 2011

Marie Espalieu. L'esprit des branches.

  
  Une  remarquable exposition consacrée à l'oeuvre de Marie Espalieu se prépare à Cahors. Elle réunira pas moins de cent sculptures et peintures. Cet évènement n'a pu se concrétiser qu'au prix d'un long labeur de Jean-François Maurice aidé de Charles Soubeyran. Ils ont su rallier à leur projet de multiples intervenants et fédérer toutes les énergies pour rendre un hommage appuyé au travail créateur de Marie Espalieu, modeste agricultrice lotoise  aujourd'hui disparue. Son oeuvre subsiste heureusement. De nombreuses personnes ont conservé ses surprenantes sculptures bien dans la mouvance de l'art brut. Des portraits de Marie Espalieu  réalisés par Robert Doisneau accompagnent cet évènement. Un catalogue de 132 pages et comportant de nombreuses photos couleurs est disponible (20 euros). 
  Cette expo se tiendra du 15 octobre 2011 au 31 janvier 2012 au Musée de Cahors Henri-Martin, 792, rue Emile Zola. 46000. Cahors. Tél. 05.65.20.88.66.


[Photo: Nelly Blaya. Source: www.musees-midi-pyrenees.fr]

mercredi 14 septembre 2011

Visions et créations dissidentes à Bègles.

    
  La nouvelle édition de l'exposition "Visions et créations dissidentes" se tiendra au musée de la Création Franche à Bègles du 24 septembre au 27 novembre 2011. Elle réunit huit créateurs: Michèle Espada Grégoire, Otto Gilli, Jean Pol, John Van Orsouw, Louis Poulain, Lys Reygor, Catherine Slowik, Claudio Ulivieri. Qu'on se le dise !
  Le Musée se trouve au 58, avenue du Maréchal de Lattre de Tassigny. Bègles. 33130. Tél. 05.56.85.81.73.


[Illustrations: de haut en bas, Catherine Slowik, Louis Poulain, Otto Gilli, Lys Gregor. Source: www.musee-creationfranche.com

jeudi 1 septembre 2011

Galerie Christian Berst: une rentrée hors-les-normes.


  L'art brut n'a jamais été une spécialité franco-suisse comme l'a démontré Lucienne Peiry dans sa programmation des expos à Lausanne. L'universalité de l'art brut ne fait plus de doute. Christian Berst en donne une nouvelle preuve  à travers sa "rentrée hors-les-normes". Cette expo regroupe les oeuvres d'Anibal Brizuela, Rosa Cazhur, Carlo Stella, Albert Mouhadeb, Peter Kapeller, Melvin Way, Loïc Lucas, et Eric Benetto. L'accrochage est visible du 10 au 28 septembre 2011. 

  Galerie Christian Berst. 3-5, passage des gravilliers, 75003 Paris.  Tél. 01 53 33 01 70.


[Illustration: Anibal Brizuela. Source: christianberst.com]

Expo Hey! Modern art et pop culture.


  La Halle Saint-Pierre s'associe à la revue Hey! pour nous présenter les formes populaires de l'art contemporain. Cette exposition qui regroupe une soixantaine d'artistes se veut l'illustration des connivences entre l'art des rues, l'art populaire et marginal. Ces artistes, tels Jean Tourlonias, Clovis Trouille, Hervé Di Rosa, Robert Crumb, Philippe Dereux, se plaisent à brouiller les frontières qui séparent  les appellations d'origine contrôlée.

  L'expo se tient à la Halle St-Pierre,  2, rue Ronsard. Paris 18.  Du 15 septembre 2011 au 4 mars 2012.


[Illustration: Jean Tourlounias. Source: thibaulhuertas.com]

lundi 29 août 2011

"La plume est le dard du dessinateur".

  
  Si vous passez à proximité de Rodez, ne manquez pas de vous rendre au Musée Fenaille où vous pourrez voir une exposition regroupant des dessins de Louis Pons. Dessinateur prolifique, il est également l'auteur d'aphorismes particulièrement drôles. Son oeuvre est pleine d'humour noir. Il cultive le non sens avec constance et un talent rare. Rien n'échappe à son oeil. Il sait comme personne débusquer  le grotesque et l'insolite au coeur du quotidien. Il souligne avec délectation l'absurdité de notre condition et stigmatise la bêtise sous toutes ses formes. A sa manière, c'est un moraliste de l'absurde comme l'écrit Philippe Dagen. Il faut lire ses ouvrages parus aux Editions Fata Moragana. Citons "Le dessin, l'objet et le reste" (19 euros), "Dernières nouvelles de l'oubli" (11 euros), et "Portraits d'artistes" (17 euros). De pures merveilles!

  Musée Fenaille, 14, place Eugène Raynaldy. Rodez.  Tél. 05 65 73 84 30.  Jusqu'au 30 octobre 2011.


[Illustration: affiche de l'exposition. Source: media.museesmidipyrenees.fr]

lundi 15 août 2011

Expo Rock'n'Folk Art à Bordeaux.



  Jusqu'au 27 août, la galerie librairie "La mauvaise réputation" sise au 19, rue des argentiers à Bordeaux, présente une surprenante expo réunissant les oeuvres d'une demi douzaine de créateurs d'art populaire  vivant dans le sud profond des Etats-Unis. Pascal Saumade est à l'origine de cette  manifestation. L'initiative est heureuse. Elle nous offre l'occasion de découvrir notamment les créations d'Elayne Goodman, de Kata Billups, et de Jack Poppitz. Ces artistes se complaisent à célébrer à leur manière les musiciens de légende, tels que Bob Dylan et Elvis Presley. Certaines toiles sont remarquables. L'expo permet aussi de mettre en lumière les liens entre l'art populaire, l'art brut, et l'art des icônes. Un vrai plaisir. Voilà un endroit  que je vous invite à  fréquenter !





[Illustrations: en haut, l'affiche de l'expo; en bas, Elvis par Elayne Goodman. Source: lamauvaisereputation.net]

vendredi 29 juillet 2011

Gaston Chaissac - Jules Mougin, une correspondance.

  Philippe Marchal, l'animateur de la superbe revue Travers, a publié un numéro 58 consacré à la correspondance de ces deux singuliers épistoliers. Comme l'écrit si bien Claude Billon, "ouvriers du refus, à l'écart des chemins courants courus par les modes, se viennent en aide par la connivence, n'ont de comptes à rendre qu'à leur solitude". Ces lettres écrites entre 1948 et 1963 sont augmentées de dessins. Notons les contributions de Michel Ragon, de Jean L'Anselme, des lettres de Camille Chaissac et des photos de Joseph Trechniewski. On peut se procurer la revue en adressant un chèque de 30 euros à Philippe Marchal, 10, rue des jardins, 70220 Fougerolles. Le port est compris.

mercredi 13 juillet 2011

L'Aveyron accueille François Monchâtre.

        
  La galerie Sainte Catherine, 3 place Sainte Catherine, à Rodez, présente  des oeuvres de François Monchâtre  jusqu'au 18 septembre 2011. De même, le Musée des Arts Buissonniers installée à Saint Sever du Moustier accueille jusqu'au 17 septembre 2011 les travaux de cet artiste singulier. Les Nouveaux Troubadours nous invitent à découvrir également, dans ce modeste village, les oeuvres de Jean Tourlonias, Georges Ruszczynski, Jaber, Patrick Chapelière entre autres. Renseignements au 05.65.99.97.97.

[Illustration: François Monchâtre, "Ticonterroga", Photo J-C Launey. Source: de-la-course-des-nuages.blogspot.com]
 

"Inspirés".

  
  La Judy A Saslow Gallery de Chicago présente les œuvres de Gérard Sendrey du 15 juillet au 3 septembre 2011. Le créateur béglais, qui surprend toujours son monde, expose en compagnie de Dave et de Clyde Angel. Son travail de création se poursuit avec toujours autant d'intensité et de fougue. Une vraie passion.

[Illustration: Gérard Sendrey. Source: jerzyruszczynski.hautetfort.com]

[Visionnez une entrevue avec Gérard Sendrey postée dans un précédent billet]

Mise en boite ex-voto 1.


  Christian Pinault, dont on connait le talent et l'inventivité, expose ses céramiques et ses assemblages galerie de l'Artmateur, 17, rue Mathurin Roger,  à  Plouër-sur-Rance, charmante commune des Côtes d'Armor.  Ses œuvres y sont visibles durant tout l'été.  Renseignements au 02.96.86.87.17. 

[Illustration: "Le Mors au dent". Source: larmateur.free.fr]

lundi 13 juin 2011

Expo Carlo Zinelli chez Berst.

  
Né en 1916 à Vérone, dans un milieu modeste, très jeune, il commence à travailler pour venir en aide à sa famille. Il est notamment employé aux abattoirs de sa ville. Suite à une série de ruptures mal vécues, il est interné en 1967. Dans son hôpital psychiatrique, il fréquente un atelier d'expression libre où il effectue ses débuts. A sa mort en 1974, on dénombrera 3000 gouaches. Son oeuvre est  remarquable. Elle est peuplée de silhouettes humaines et animales  entremêlées et percées de multiples trous. On note aussi la présence récurrente de signes graphiques, d'inscriptions mystérieuses. Carlo Zinelli est une figure majeure de l'art brut. Il convient de découvrir ou de redécouvrir son travail à la galerie Christian Berst, 3 et 5 passage des gravilliers  Paris 75003. Tél. 01.53.35.01.70. L'expo est visible jusqu'au 23 juillet 2011. 


[Illustration: Carlo Zinelli, sans titre, 1968, gouache sur papier. Source: www.christianberst.com

mercredi 8 juin 2011

Lectures sous mon tilleul.

  J'ai enfin pu lire et découvrir la revue Area dont le dernier numéro a pour thème "Art, folie et alentours". Très belle revue animée par Alin Avila, avec de nombreuses illustrations et une présentation agréable. J'ai particulièrement apprécié l'entretien donné par Madeleine Lommel en janvier 2007 et intitulé "Rouspéter dedans!" On y retrouve le ton direct de la fondatrice de l'Aracine et elle nous livre des détails bien intéressants sur les tribulations de la collection et sur sa donation. L'entretien de Michel Thévoz avec Brigitte Gilardet ne manque pas de sel. On a plaisir à retrouver la clarté de pensée de l'ancien conservateur de Lausanne, son réalisme et sa liberté de parole. Le chapitre sur l'invention de la laideur est tout à fait d'actualité. Ses considérations sur la Suisse ne manquent pas de lucidité. L'entretien de Bruno Decharme avec Avila porte sur le collectionneur impénitent qu'il est. Son témoignage m'est apparu fort captivant. Ce numéro est une somme. Je conseille aux amateurs de se le procurer en écrivant à Area. 50, rue d'Hauteville. Paris 75010. (24 euros l'exemplaire). 
  Ceux qui ne connaissent pas encore les sculptures brutes de Marie Espalieu doivent se procurer le dernier numéro de Gazogène qui lui est entièrement consacré.  La livraison est toute à fait remarquable avec, entre autres, de nombreuses photos de Doisneau. On y trouve des articles d'André Roumieux, Benoit Decron, Denis Lavaud, Charles Soubeyran, René Déroudille, Jean Albert Déroudille et Jean-Francois Maurice. On peut se procurer ce numéro en adressant un chèque de 20 euros à l'association des Amis de Gazogène. Le bourg. 46106. Bélaye.
  Au récent Festival de Philosophie de Saint-Emilion, j'ai pu suivre une conférence d'Yves Michaud et me procurer son ouvrage " La crise de l'art contemporain". Publié pour la première fois en 1997, il ressort en livre de poche chez Puf, collection Quadrige. (8 euros). L'auteur y témoigne d'une belle lucidité, avance des thèses bien argumentées, et c'est un vrai régal que de lire les chapitres sur le règne du n'importe quoi, les apparatchiks de l'art, les corporatismes, le marché, l'état de l'Etat culturel, la fin de l'utopie de l'art. Relire ce livre me semble tout à fait opportun. 
  Ressort également en poche chez Pocket, collection Agora, (8 euros), "Une nouvelle introduction à l'art du XXe siècle" de Jean-Philippe Domecq. Cet auteur s'était illustré par ses prises de position lors de la grande querelle sur l'art contemporain, il y a 20 ans. Relire son livre s'impose tant il est roboratif et stimulant. Les options défendues alors par les thuriféraires de l'art contemporain officiel, artpressiens entre autres, nous semblent bien ridicules aujourd'hui.  
  Enfin, pour 12 euros seulement, offrez-vous "L'hiver de la culture" de Jean Clair, publié chez Flammarion, collection Café Voltaire.  Passionnant ouvrage qui se lit d'un trait. "Constat d'un paysage saccagé, festif et funèbre, vénal et mortifiant". Du musée explosé aux abattoirs culturels, du temps du dégoût à la crise des valeurs, voilà un tableau sombre mais ô combien lucide de l'auteur. Je m'empresse d'ajouter que ces livres remarquables sont accessibles dans toutes les bonnes épiceries.

vendredi 20 mai 2011

lundi 9 mai 2011

Gazogène fête Marie Espalieu.

   
   A l'occasion de son vingtième anniversaire, sortira le 28 mai, un numéro exceptionnel de Gazogène consacré à une artiste lotoise disparue il y a peu de temps:  Marie Espalieu. Pendant plusieurs décennies elle a élaboré une oeuvre importante composée de sculptures réalisées à partir de branches, de rebuts de scierie, de racines qu'elle assemblait et peignait. Elle les transformait en faune domestique ou sauvage. Elle peignait aussi sur des planches grossièrement débitées. L'été, ses créations étaient installées dans la cour de sa ferme. Elles ne manquèrent pas d'attirer le regard de Robert Doisneau qui avait coutume de passer ses vacances dans le Lot. De nombreuses photos témoignent de l'amitié que portait le célèbre photographe à cette modeste paysanne. De nombreuses photos illustrent ce numéro de Gazogène. Par ailleurs il comprend des textes inédits de Jean-François Maurice, Charles Soubeyran, Benoît Decron, Savine Faupin, Jean-Albert Deroudille. Une biographie complète l'ensemble. Vous pouvez réserver ce numéro de Gazogène auprès de Valérie Rapaud, 108, rue Delpech, 46000 Cahors. Son prix de vente: 17 euros. Avec envoi postal: 20 euros (chèque à l'ordre de Gazogène). 

   A l'occasion de la sortie de son n°32, une exposition  consacrée aux artistes défendus par Gazogène se tiendra chez David Gabella à la Galerie Carré d'Art, 46, rue Pélegry à Cahors du 28 mai au 4 juin. Citons Espalieu, Mouly, Vodaine, Sanfourche, Gironella, Labelle, Froment, Julliard, Stani, entre autres.



[Sur l'illustration: Marie Espalieu. Source: Gazogène]


mardi 3 mai 2011

Vive la France !

   
   La célèbre galerie Gugging à Vienne organise en collaboration avec les galeries Berst, Boxer et Nathan, une exposition qui regroupe sept créateurs français: Gaston Chaissac, Jean-Pierre Nadau, Patricia Salen, Gérard Sendrey, Joël Lorand, Michel Nedjar, et André Robillard. Elle est intitulée Vive la France! Réjouissons-nous de cette heureuse initiative ! Pour ceux qui aiment cette ville superbe, voilà une raison supplémentaire de s'y rendre . 
   A voir du 26 mai au 2 octobre 2011.


[Illustration: Joël Lorand, série des "Personnage floricoles", 2005-2009. Source: mycelium-fr.com]

lundi 18 avril 2011

Ilosirènes et godaille.

  
  Léon Layon est un pêcheur d'épaves. Habitué du littoral, il ramasse ce que la mer rejette: bois flotté,  tongs usés,  flotteurs perdus, vieux gants, bouts de plastique, déchets divers. A partir de ces matériaux récupérés, il confectionne des sirènes, d'étranges créatures, de curieux personnages. Bref, tout un monde désopilant et irrévérencieux. Il faut découvrir ses oeuvres ensauvagées pleines d'humour, à la facture très brute.
  L'expo se tient au prieuré de Vivoin, place des tilleuls, 72170 Vivoin. du 22 avril au 13 juin 2011. L'entrée est libre. Renseignements: 02.43.97.04.36. Vivoin se trouve en Sarthe.



Expo Dubuffet à Lucques. Italie.

  
  
  Le rôle de Jean Dubuffet auprès des avant-gardes italiennes est loin d'être mineur comme en témoigne l'exposition organisée par le LUCCA, le centre d'art contemporain de Lucques, en étroite collaboration avec la Fondation Dubuffet. A partir de soixante oeuvres, de documents divers et des correspondances avec des critiques et artistes italiens, cette manifestation met en évidence le rôle joué par le pape de l'art brut. L'expo est visible jusqu'au 15 mai 2011. Et au mois de mai, la Toscane est magnifique !


mardi 22 mars 2011

Paul Duchein, capteur de rêves.



  Ce printemps, le Musée de Montauban rend un hommage mérité à Paul Duchein, artiste, découvreur, grand collectionneur, critique d'art, passionné de surréalisme et d'art brut. Une centaine de reliquaires sont exposés, ainsi que des collages. Le visiteur avisé pourra promener son regard des "closeries vénitiennes" aux  "chambres  mémorables", en passant par d'improbables "rituels de mémoire".  J'invite le visiteur à découvrir ses merveilleuses  "boites de nuit".  Elles valent vraiment le  voyage.  Des photos, des livres, des articles témoignent de ses nombreuses relations artistiques. Est notamment évoqué son goût pour l'art populaire. Souvenons-nous qu'il est l'auteur d'un remarquable ouvrage sur les objets d'art populaire. 




  L'exposition sera ouverte du 26 mars au 5 juin 2011, au Musée Ingres. 19, rue de l'Hôtel de Ville. 82000 Montauban. Tél. 05.63.22.12.91.



[Illustrations: "chambres mémorables" de Paul Duchein. De haut en bas: "La chambre de Lachesis", "La chambre de Mozart", "La chambre de Nostradamus". Source: paul-duchein.com]

Du brut, du saugrenu, de l'insolite au Hang-Art de Saffré.

  
  Le Hang-Art, lieu d'exposition en milieu rural, nous promet du brut, du saugrenu, de l'insolent, du dissonant, du sauvage, de l'insolite! La dite association propose une expo regroupant les créations de huit artistes singuliers parmi lesquels Claudine Goux, Pierre Albasser et Guy Lafargue. 
  L'exposition se déroulera du 9 avril au 20 mai 2011 au Moulin Roty, 44390 Saffré. Toujours en Loire-Atlantique.
  Renseignements: 02.40.77.22.10. 


[Illustration: Pierre Albasser. Source: hang-art.fr]

Rétrospective d'Art Singulier à Carquefou.



  Amis carquefoliens et des environs, ne manquez pas de vous rendre au Manoir des Renaudières pour y découvrir les oeuvres de Claudine Goux, d'Alain Lacoste, de Gérard Sendrey, de Claude Massé, d'Yvonne Robert, de Joël Lorand, d'Adam Nidzgorski et de Bozo. L'exposition se déroulera du 26 mars au 24 avril 2011. Renseignements à la direction de l'action culturelle: tél. 02.28.22.24.40. C'est l'occasion d'approcher des créations "sous le vent de l'art brut" particulièrement originales.




[Illustrations: Claudine Goux. Source: jerzyruszczynski.hautetfort.com]



Giovanni Bosco à la galerie Christian Berst.

  
  Quand j'ai vu pour la première fois ses dessins et ses fresques murales, ce fut le choc.  C'était, s'il m'en souvient, dans le blogue de Jean-Louis Lanoux. Giovanni Bosco m'est immédiatement apparu comme un cas emblématique de l'art brut. Né en 1948 en Sicile, il exerce le métier de berger et d'ouvrier carrier. Un évènement dramatique fait basculer son existence et le précipite dans la misère. Dans la petite ville de Castellamare de Golfo, il se met un jour à peindre des fresques sur les portes et sur les murs. Il dessine sur des matériaux de fortune. Il aurait trouvé dans l'art un remède contre les affres de son quotidien. Giovanni Bosco a su transformer son existence en acte de poésie pure. Mélangeant lettres, chiffres et dessins, il se révèle un fabuleux créateur. Son oeuvre est exceptionnelle. A n'en pas douter, nous sommes devant un joyau de l'art brut à l'état pur. C'est pourquoi il faut se dépêcher d'aller voir l'exposition "Giovanni Bosco" à la galerie Christian Berst, 3-5, passage des Gravilliers 75003 Paris. Tél. 01.53.33.01.70.  Du 17 mars au 23 avril 2011. 
  Un catalogue de 120 pages accompagne cet évènement, avec des textes de Jean-Louis Lanoux et d'Eva di Stefano.




[Illustrations: Giovanni Bosco. Sans titre, sans date, feutre sur papier. Source: Galerie Christian Berst]

samedi 19 février 2011

Fernand Michel et ses "Imaginaires zincifères".


Conçu à la manière d'un catalogue irraisonné, au diapason du personnage flamboyant que fut Fernand Michel, voilà un ouvrage remarquable rédigé par Frédéric Allamel. Abondamment illustré, habilement construit, il nous livre une étude extrêmement fouillée de l'oeuvre de l'artiste zingueur. Le ton facétieux, des notes pleines d'humour, une pointe d'irrévérence, en font toute la saveur. Voilà un livre plaisant, dans l'esprit de l'artiste, qu'il convient de se procurer auprès de l'Association pour le Développement de l'Art Brut et Singulier, 68, rue de Lunaret, 34000 Montpellier (32 euros). L'association a le projet d'ouvrir un musée à Montpellier, début 2012. Le permis de construire a été accepté. Espérons que cette heureuse initiative puisse se concrétiser prochainement.


[Illustration: Fernand Michel, "Le petit voyeur", Collection M. et J. Assabgui, 1979. Source: castelnaulelez.blogs.midilibre.com]

jeudi 17 février 2011

lundi 7 février 2011

Les comparutions immédiates selon Bruno Montpied.



Critique d'art, cinéaste, écrivain et artiste peintre si j'en crois Wikipédia, il est l'hôte du Musée de la Création Franche pour trois semaines. Comment l'ignorer, lui qui, depuis deux mois, le claironne haut et fort sur la toile.  Il faut donc, toute affaire cessante, y aller voir. Embarquement immédiat pour Bègles où l'on expose ses dessins et où il s'expose au regard plus ou moins complaisant des visiteurs, comme c'est la règle. Exercice en rien inédit, l'artiste s'efforce d'exploiter le hasard et tente d'apprivoiser l'imprévu. Il s'emploie à faire surgir l'inopiné sur des petits formats ne voulant pas tuer ou tarir son inspiration. L'art immédiat, ce vieux spectre qui hante les consciences des poètes modernes, ne pouvait que séduire le grand peintre montmartrois Bruno Montpied. Il nous livre, d'une manière immédiate, tout crus, pourrait-on dire, ses moments  d'humeur. Projection immédiate que rien ne vient fausser, bien entendu. Il est poursuivi de l'idée d'un art immédiat et sans exercice, pour paraphraser Paulhan qu'il m'arrive de lire aussi. L'idée avait déjà germé chez certains émules d'Emile Goudeau et parmi les Incohérents, voilà plus d'un siècle ! Jules Lévy notamment eut l'idée "d'une expo de dessins exécutés par des gens qui ne savent pas dessiner". C'était en 1882. Mais revenons à nos moutons. Ou plutôt à nos dessins. A la vue de tant de petites merveilles, on constate que l'artiste ne peut s'empêcher de céder à la tentation de l'immédiat. Véritable religion pour notre paroissien visiblement très attaché aux écritures des grands apôtres. Montpied  a trouvé son principe dans la foi en l'immédiat. Soit. Des croyances,  on ne discute pas. Contentons-nous d'admirer  ses compositions. Devant tant de splendeurs graphiques, le souffle nous manque pour manifester l'enthousiasme qui nous étreint expressément. Voyons-y la quintessence de l'immédiateté artistique poussée à son paroxysme. Voilà bien un artiste fécond qui nous livre ses ruminations mentales, ses chimères, ses visions oniriques et quelques facettes de son imaginaire. Une oeuvre aussi prompte que subite. A n'en pas douter, l'art illico a son maestro! Un authentique va vite en besogne! Des dessins faits au pied levé. Des images qui pourraient faire de magnifiques illustrations pour livres d'enfants.

Expo du 5 février au 20 mars 2011. 
58, avenue du maréchal de Lattre de Tassigny
33130. Bègles.
Tél. 05.56.85.81.73.


[Illustration: Bruno Montpied, "Lourd de menaces", 2010. Source: Le Poignard Subtil]
 

Rétrospective Noël Fillaudeau.



A Clisson, petit ville de Loire-Atlantique, la galerie du Minage organise une rétrospective en hommage à Noël Fillaudeau. Né en 1925 à Boussay, il commence à peindre en autodidacte à peine sorti de l'adolescence. Il travaille à partir de matériaux de récupération qu'il recouvre de motifs, d'inscriptions mystérieuses. Il utilise des bois, des ardoises, des pierres,  des déchets.  Il assemble, colle, sculpte, peint. Il crée son propre univers, un monde empreint de magie et de poésie. Une oeuvre très personnelle. En 1956, il rencontre Gaston Chaissac avec lequel il entretient une abondante correspondance. Il se lie également avec Robert Tatin. De santé fragile, il disparait en octobre 2003. 

Ses oeuvres sont visibles du 26 février au 13 mars 2011 à la galerie du Minage. 44190 Clisson. Infos: tél. 02.40.54.02.95.


[Illustration: Noël Fillaudeau. Recto : collage papier froissé, coquille de noix, pomme de pin, lichen, mousse, bois. Verso : dessin encre noire, craie blanche. Source: Site de Noël Fillaudeau]

mercredi 2 février 2011

Bernard Le Nen à l'Auberge des Arts.


Heureux habitants de Lyon et des alentours, hâtez-vous d'aller voir l'expo Le Nen! Vous découvrirez sur les cimaises de l'Auberge les peintures extraordinaires de ce créateur à l'imagination fertile. Vous pourrez y entrevoir quelques pans d'un monde onirique fascinant. Bernard Le Nen a du talent.

L'exposition est visible jusqu'au 13 février 2011.

36 rue Joseph Faure. 69700. Givors. Tél. 04.78.07.11.76. 
Attention, la, galerie est ouverte samedi et dimanche seulement ! Et sur rendez-vous.      

 

[A découvrir, un précédent billet consacré à Bernard Le Nen
[Illustrations: Bernard Le Nen. "Mort ou vif" (2008), "On the beach" (2010). Source: http://www.bernard-lenen.com/]
        

dimanche 16 janvier 2011

Expos Alain Pauzié

  
  Dans le Tarn, les médiathèques de Brens et de Gaillac exposent actuellement les oeuvres  d'Alain Pauzié. Le premier site présente son "cabinet de merdiosités", tandis que le second s'attache à sa correspondance. Il y est notamment question de ses relations épistolaires avec Jean Dubuffet et de l'art postal. On se souvient que cette correspondance avait fait l'objet d'un livre paru en 1995 au Castor Astral et intitulé "La Ponte de la langouste".  Alain Pauzié est un artiste autodidacte sous le vent de l'art brut. Sa démarche se révèle originale. Il utilise des supports divers et variés : vieilles semelles, pierres aux formes bizarres, objets à la dérive, bois flottés, bouts de matière plastique. Lors de ses fréquents séjours sur la côte normande, un peu à la manière des pinseyeurs, il glane sur l'estran, ces petits riens pour en faire des choses surprenantes. Il récupère, assemble, colle, peint et métamorphose. Poésie, humour, invention semble être sa devise. Jongleur, ses créations se présentent comme des rébus. Adepte de l'art postal, ses enveloppes ornées donnent la mesure de son extraordinaire inventivité et de sa fantaisie sans limites. On a pu en voir un certain nombre au Musée de la Poste. Alain Pauzié considère l'art graphique comme un des derniers bastions de la liberté. Reconnaissons qu'il excelle en la matière. 

Exposition du 15 janvier au 23 février 2011. Médiathèque de Gaillac. 70, place d'Haupoul. 81600. Gaillac. 
Tél. 05.63.81.20.23. 
E-mail : gaillac@media.ted.fr.


[Illustration: Alain Pauzié. Source: Art postalement votre]

lundi 3 janvier 2011

Sous le vent de l'Art Brut/ Collection Charlotte Zander

    
La Halle Saint Pierre accueille du 17 janvier au 26 août 2011 une partie de la collection Charlotte Zander. Abritée au château de Bönnigheim, près de Cologne, en Allemagne, elle regroupe près de 4000 oeuvres.  Art brut, art naïf,  art  singulier  y cohabitent,  formant un ensemble  des plus  remarquables qui se puisse voir en Europe. A Paris, les amateurs  pourront donc contempler  les travaux de cinquante créateurs, notamment  Madge Gill, Auguste Forestier,  Adolf Wolfli, Augustin Lesage, Auguste Walla pour l'art brut.  Mais aussi  Séraphine, Van der Steen, Nikifor, Préfète Duffaut, André Bauchant pour l'art naïf. Sans oublier les très singuliers Michel Nedjar, Gaston Mouly, Louis Soutter et Friedrich Schröder-Sonnenstern. Et bien d'autres. Ne manquez donc pas de visiter cette magnifique exposition à la Halle Saint Pierre, 2, rue Ronsard. Paris XVIII!     


[Illustration: Michel Nedjar. Source: http://www.duflon-racz.ch/]

mardi 14 décembre 2010

Côte d'alerte.

Les effets de la passion sur le jugement sont amplement connus pour qu'on ait à y revenir. Aussi légitime qu'elle soit, la passion trouble le bon sens et altère parfois la lucidité. C'est pourquoi, la sympathie qu'on éprouve pour les amateurs d'art brut, ne nous dispense pas de les appeler parfois à plus de rigueur, ou à plus de discernement. 
Le regain d'intérêt pour l'art brut génère de singulières dérives. Point trop n'en faut, car on finira un jour par vouloir nous faire prendre des vessies pour des lanternes. Le zèle déployé par les uns est, pour le moins, de nature à entretenir une certaine confusion. tandis que d'autres, aveuglés par leur foi de nouveaux convertis, ont tendance à encenser n'importe quel gribouillis, ou le moindre bricolage dès l'instant qu'il est le fait d'hommes du commun. Cette systématisation prête quelquefois à sourire. Bien souvent, il m'arrive de ne point partager du tout ni ces engouements, ni ces enthousiasmes. Nous ne saurions nous contenter d'approximations hâtives. De même,  il est pénible de voir des amateurs se complaire dans des attitudes  d'entomologiste, ou s'enliser dans les méandres de la pensée de Dubuffet citée à tout bout de champ. Il y a des formes d'intégrisme contre lesquels il vaut mieux se prémunir. En toute chose, il faut savoir distinguer l'esprit et la lettre. Ainsi, ce n'est pas parce qu'une personne "inculte" se met soudain à créer qu'elle produit nécessairement une oeuvre extraordinaire! Les miracles requièrent des recettes beaucoup plus mystérieuses... Pour un Aïni, un Carmeil, un Modrego, combien de créateurs médiocres ou de peu d'intérêt ? Aussi utiles qu'ils soient, les multiples ateliers d'expression en apportent chaque jour la preuve évidente. D'ailleurs, l'homme du commun à l'ouvrage ne court pas les rues! Croyez-m'en! Et s'il existe, encore faut-il aller le débusquer sur son terrain de prédilection, dans son biotope oserais-je dire. Traque ardue qui exige de la patience, un regard avisé et le goût des chemins de traverse. Et quoi qu'on dise, la vocation de braconnier se perd...
Un chasseur de mes amis me racontait un jour que les faisans d'élevage lâchés dans la nature venaient volontiers picorer dans sa basse-cour pour peu qu'on y jette du grain. C'est parfois la même chose avec certains artistes... Créateurs qu'on voudrait, bien entendu, faire passer pour d'authentiques artbrutistes, alors qu'ils sont nourris, voire gavés d'art cultivé. Il semble en effet qu'on accole un peu vite l'étiquette art brut à des oeuvres qui ne le méritent pas. Cet usage intempestif, s'il abuse certains, m'indispose grandement. Prenons garde que chemin faisant, des faiseurs recyclés ne viennent se mêler à la cohorte des arbrutistes pour répondre à un marché insatiable, toujours à la recherche de nouveaux créneaux à investir. La vogue de l'art naïf nous a malheureusement habitué aux pires dévoiements et aux pratiques les plus contestables. 


[Article paru en 1990 dans les Friches de l'Art.]    

jeudi 2 décembre 2010

Cyrille-Marie Brachet et Gilles Manero au Musée de la Création Franche.


Les deux nouvelles expositions collectives du Musée de la Création Franche consacrées à Cyrille-Marie Brachet et Gilles Manero se dérouleront du vendredi 10 décembre 2010 au dimanche 23 janvier 2011. Le vernissage aura lieu le vendredi 10 décembre à partir de 18 heures, en présence des artistes (entrée libre).


Musée de la Création Franche
58, av. du Maréchal de Lattre de Tassigny
33130 BEGLES - FRANCE
Tél. : 05 56 85 81 73



Pour plus d'information, rendez vous sur le site du Musée de la Création Franche.

vendredi 26 novembre 2010

Déambulations à Paris.

Je suis passé devant le 42, rue de Seine, quand j'ai cru voir une oeuvre d'Henri Salingardes dans la vitrine de la galerie de Puybaudet. Revenu sur mes pas, j'ai pu constater que c'était bien le cas. Un curieux personnage sur une feuille de figuier. Le tout réalisé en ciment. Je n'étais pas au bout de mes surprises: à ses côtés, se trouvait un dessin de Scottie! Et puis, sur les cimaises, des montages d'Armand Avril. Etonnant. Un moment de vrai plaisir ! Pause café à la Palette. La galerie voisine, dont j'ai oublié le nom, présentait des dessins de Chaissac. Un vrai régal ! Je suis passé devant la galerie Soulié, puis en remontant la rue Mazarine, je n'ai pu m'empêcher de pousser la porte de la galerie Vanuxem qui présentait des dessins de Gaston Chaissac, d'Aristide Caillaud et de Fred Deux, entre autres. Les déambulations réservent d'agréables surprises. Nourritures terrestres au Moine Trappiste où les bières étaient excellentes. Puis cap sur le n°3, passage des Gravilliers, dans le troisième arrondissement, où Christian Berst a ouvert sa nouvelle galerie. Un très bel espace dans un quartier pittoresque. L'accrochage de Josette Rispal m'a un peu déçu. Mais le programme est prometteur. Une adresse à retenir. Sur le chemin du retour, arrêt au café Art Brut, rue Quincampoix. On y entendait le groupe rock Art Brut ! L'air du temps sans doute.

dimanche 14 novembre 2010

Jules Mougin. Merci facteur !

Le facteur-poète est décédé à 98 ans. Né dans une famille ouvrière du Nord, passé le certif, il choisit de devenir facteur en milieu rural, métier qu'il exercera toute sa vie. Proche des écrivains prolétariens et des artistes bruts, il ne cesse d'écrire et de dessiner. Il entretient également une correspondance considérable avec ses nombreux amis. Révolté, il écrit par nécessité. La rage au coeur. Il a publié une trentaine d'ouvrages dont de nombreux recueils de poèmes. Notamment chez Robert Morel, Seghers et Vodaine. Il fut l'ami de Gaston Chaissac, de Dubuffet, de Calaferte, de l'Anselme. "Il a fait avec les mots de la langue française ce que le facteur Cheval a fait avec les pierres" a écrit, à juste titre, son ami Claude Billon.

Pour saluer Madeleine Lommel.

Je me souviens de ma première rencontre avec Madeleine Lommel en 1982, à Neuilly-sur-Marne. Elle venait de créer l'association l'Aracine, avec ses deux amis Claire Teller et Michel Nedjar. Ne pouvant se résoudre à accepter le départ de la fabuleuse collection d'art brut de Jean Dubuffet pour Lausanne, ils avaient pris la folle résolution de reconstituer une collection à tout point identique à celle que l'incurie des fonctionnaires de l'art n'avait su retenir. Le pari était risqué. C'était sans compter sur le caractère impétueux, tenace et résolu de Mme Lommel. Elle ne compta ni son temps ni sa peine pour atteindre son objectif. Dans le milieu des années 70, les trois protagonistes avaient déjà commencé à réunir quelques pièces. L'association n'avait pas le sou. La mairie de Neuilly-sur-Marne avait mis à leur disposition le sous-sol d'une vieille bâtisse bourgeoise appelée "Château-Guérin". Avec des moyens très modestes, Madeleine Lommel se lança dans l'aventure. Elle sut compenser ce handicap par une intense activité. Sans relâche, elle parcourut les routes de France pour retrouver les créateurs bruts et collecter leurs oeuvres. Elle se livra à une quête passionnée et avec l'aide de ses amis s'acharna à réunir des pièces de qualité. Pour ce faire, elle n'hésita pas à traverser le pays pour récupérer des oeuvres dignes d'intérêt. Elle fit des découvertes et s'efforça de susciter des dons. Avec les maigres ressources de l'association, elle trouva le moyen de faire des acquisitions remarquables, n'hésitant d'ailleurs pas à piocher dans ses propres économies. Rigoureuse dans ses choix, tenace, toujours sur la brèche, elle parvint au bout de 20 ans à réunir une magnifique collection. Jugez-en : Adolf Wölfi, Aloïse, Hodinos, Augustin Lesage, Jeanne Ruffié, Jules Leclercq, Raphael Lonné, Madge Gill, Emile Ratier, André Robillard, Henri Darger, Carlo Zinelli, et bien d'autres. Que de chemin parcouru depuis le sombre sous-sol du Château-Guérin jusqu'au superbe et lumineux musée de Villeneuve d'Ascq! Il me souvient qu'à l'époque, certains esquissaient un air entendu devant les ambitions affichées par Madeleine Lommel et ses amis. Et pourtant les faits sont là : 3900 oeuvres dont celles des figures emblématiques de l'art brut. Une réussite incontestable. Un tel ensemble méritait un bel écrin, réalisé de belle manière par l'architecte Manuelle Gautrand. Originaire du Nord où les peintres spirites sont nombreux, Mme Lommel sut convaincre les membres de l'association de faire une donation au musée de Lille métropole. C'était la seule manière d'assurer la mise en valeur et la pérennité de la collection. Grâce aux conseils éclairés d'Henri-Claude Cousseau, le transfert s'effectua en 1999. Il est regrettable que Madeleine Lommel n'ait pu assister à l'inauguration du LaM le 25 septembre 2010. En effet, elle décéda en 2009, à l'âge de 86 ans. Mais son rêve était enfin devenu réalité.


[Photo: Clovis Prévost.]

mardi 28 septembre 2010

Visions et créations dissidentes. Musée de la Création Franche. Bègles. Du 25 septembre au 28 novembre 2010.



Comme chaque année en pareille saison, le Musée de Bègles nous invite à découvrir des créateurs aux coudées franches. Ils sont huit, et se nomment Gwenaëlle Clabault, Anne-Marie Gbindoun, Kim Nawara, Huub Niessen, Fanny de Oliveira, Serge Paillard, Jean Nicolas Reinert et Giuseppe Barocchi. Les travaux de ce dernier me semblent tout à fait remarquables. L'homme vit à Florence et a été exposé par la Tinaîa. Ses dessins représentent la lutte entre le bien et le mal. Il utilise des feutres, des crayons de couleur et travaille sur papier cartonné. Ses compositions mêlent dessin et écriture. Elles s'avèrent particulièrement originales.
Dans le catalogue, on lira avec intérêt la préface de Noël Mamère qui appelle de ses voeux la création à Bègles d'un pôle culturel international. L'ouverture du Musée d'Art Brut à Villeneuve d'Ascq fait des émules. Il faut s'en féliciter.







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