La friche est un terrain qui n’est pas cultivé, où poussent les fleurs sauvages et les herbes folles. Un lieu où se terre la sauvagine, et sur lequel se complaisent les dernières espèces en liberté. Un sol laissé à l’abandon, qui ne reçoit ni engrais, ni poison. Qui ignore le soc de la charrue.

Autant dire, vous l’aurez aisément deviné, que les créateurs auxquels est consacré ce modeste site ne figurent pas sur le fronton des temples de l’art officiel et labellisé. Il s’agit essentiellement de personnes de modeste condition: artisans, ouvriers, paysans ou marginaux. N’y voyez surtout pas des excentricités dépourvues de sens, ou de simples objets de curiosité. Vous vous tromperiez lourdement! Dans cette société terriblement organisée, où le cauchemar sera bientôt remboursé par la sécurité sociale, ils nous offrent le rêve! Dans un monde désenchanté, ces hommes et ces femmes nous ouvrent les portes du merveilleux. A travers ces œuvres qui conjuguent jubilation et subversion, ils révèlent une inventivité débridée. Voyons-y les manifestations d’une imagination sans borne et délivrée de toute contrainte.




Joe Ryczko.



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jeudi 14 juin 2012

Claude Massé. Exposition "Collages et lièges" à Saint-Yrieix.


Exposition "Collages et lièges"
Claude Massé
Du 23 juin au 31 août 2012
Centre culturel Jean-Pierre Fabrègue
6, avenue du maréchal de Lattre de Tassigny
87500  Saint-Yrieix
Tel: 05.55.08.88.77.
Courriel: culture@saint-yrieix.fr


[Illustrations: Claude Massé. En haut, Collage, 1996, collection Catherine Massé. En bas, Patot. Source: mediterranees.net]

samedi 24 juillet 2010

Bègles: un autre regard.




Du 11 juin au 5 septembre 2010, le Musée de la Création Franche propose une exposition qui se veut un nouveau regard sur le fonds bèglais. Le choix s'est porté sur 300 oeuvres réparties en une dizaine d'espaces. La collection enrichie par de nombreux dons compte des pièces remarquables. J'ai noté la présence de quelques galets sculptés par Jean Pous, et d'une multitude de dessins de Pépé Vignes. J'ai apprécié les oeuvres de Marcelo Modrego et j'ai revu avec plaisir les deux manèges d'Emile Ratier. Les sculptures de Jean Dominique sont mises en valeur et c'est heureux car il demeure la figure emblématique de l'art brut périgordin, et à ce titre, mérite d'être mieux connu. Nous pourrions en dire autant de René Guisset dont les oeuvres sont étonnantes. Les dessins de Jean-Marie Heyligen sont également dignes d'intérêt. J'ai eu également la surprise de découvrir deux étranges dessins de Burnat-Provins.

Les apparentés, ceux qui sont sous le vent de l'art brut, sont bien représentés. Sur les cimaises du rez-de-chaussée, on peut voir d'intéressants dessins de Gérard Sendrey, de Claudine Goux, des lièges de Claude Massé, des oeuvres de Michel Nedjar, des semelles d'Alain Pauzié et des peintures d'Alain Lacoste. Dans un coin, une belle toile colorée de Kurt Haas. Au détour d'un panneau, je me suis trouvé devant un superbe dessin polychrome de Jacques Receveur, créateur au destin tragique. Dans une salle du haut, un dessin inattendu de Madeleine Lommel. M'est revenu soudain le souvenir de mes visites au sous-sol du château Guérin, à Neuilly-sur-Marne. Dans le cabinet de curiosités, j'ai été sensible aux univers poétiques de Gilles Manéro et de Paul Duchein. Jean Tourlonias est aussi de la revue, mais avec un seul bolide seulement. Jean Vodaine n'est pas oublié. C'est vraiment jour de fête à Bègles! Un vrai feu d'artifice. Cela dit, je veux saluer la générosité de tous ces créateurs qui ont consenti des dons importants au Musée. Et notamment Claude Massé, l'homme des patots et grand collectionneur.

De cette visite, on sort avec une certitude: se trouve-là une très riche collection. Un louable effort pour améliorer l'accrochage a été fait. De même, la tentative d'améliorer la lisibilité de l'ensemble est à mettre au crédit de l'équipe bèglaise.

[Illustration: Alain Lacoste.]

mercredi 17 mars 2010

Eléments temporels: Claude Massé au Manoir des Renaudières du 6 mars au 4 avril 2010.



Né en 1934 à Céret, Claude croisera, durant son enfance, les artistes et créateurs qui rendaient visite à son père, l’écrivain Ludovic Massé. La rencontre avec Raoul Dufy en 1947 s’inscrit au premier plan. Dès l’âge de 19 ans, il part travailler dans une agence de presse parisienne. Les rencontres formatrices continuent, avec les peintres Bissière, Schneider, Kumi Sugaï ou des poètes comme Henri Pichette.
L’année 1958 voit disparaître sa mère, Louise. Il rencontre Henri Michaux, puis entame avec Jean Dubuffet une correspondance qui ne cessera qu’en 1985. Claude Massé et Catherine Moro se marient en 1961. Il commence alors à s’intéresser à cet art qu’on dit « autre », par des travaux sur Nataska, Jean Pous, René Guisset, Marcel Manent… Il collaborera entre 1960 et 1985 avec pas moins de 27 créateurs roussillonnais, représentatifs de cette voie. Catherine met au monde leur fils Christophe en 1961.
Travaillant à la bibliothèque de Perpignan à partir de 1963, Claude Massé écrit de la poésie et réalise ses premiers collages. Directeur du Musée d’Art Moderne de Céret entre 1967 et 1972, il y organise de nombreuses expositions, occasions de rencontrer encore de prestigieux artistes comme Chagall, Picasso, Masson et Desnoyer. Il correspond avec avec René Char. L’œuvre personnelle s’entrevoit à partir de 1974, avec des séries de cartons collés, de colis postaux et plusieurs biographies. Les premiers Patots voient de jour en 1979. La première exposition personnelle de Claude Massé a lieu en 1981 à Andorre La Vella.




Ludovic Massé, l’écrivain et père vénéré, décède en 1982. Claude commence alors une autre œuvre, plus intime encore, sur les travaux de son père. Après une exposition à Barcelone en 1983 commencent à s’enchaîner les présentations de son travail personnel. Il quitte bientôt le cadre européen. Une production prolifique ahurissante déferle depuis le petit atelier de Perpignan, devenu Centre du Monde de « l’Art Autre » : 30 livres illustrés, 2500 dessins, 7000 collages, et 45000 lièges de toutes tailles.
Claude Massé, dont les œuvres sont propriétés de musées et de collections privées dans de nombreux pays, donne des conférences, participe à des colloques, réalise des installations dans le monde entier. Il continue d’arpenter et de nous livrer le cadastre de son monde intérieur infini, chérissant l’œuvre de son père et la sienne avec la même ténacité et la même humilité…

Source : L’Agenda de Carquefou n° 223, mars 2010 (www.carquefou.fr).

Claude Massé expose du samedi 6 mars au dimanche 4 avril 2010 inclus, au Manoir des Renaudières, à Carquefou.


(Illustrations: Patots, Claude Massé)